Géographie
Carrefour de civilisations, la Provence est
aussi dans sa partie sud-ouest terre de contrastes et de partage entre
mer et montagne. A l'ouest du département, la Camargue,
avec ses 26 000 hectares d'étangs, ses marécages et ses rizières, reste
le royaume encore préservé des taureaux, des chevaux et d'une faune colorée
riche de 400 espèces différentes (Vaccarès).
La Crau, de l'autre
côté du Grand Rhône, où peu à peu les cultures maraîchères empiètent sur
les cailloux rejetés par la Durance, forme entre les Alpilles et l'étang
de Berre une aire désolée où souffle le mistral.
A l'est, les massifs calcaires (Alpilles, Sainte-Victoire, chaîne
de l'Etoile) alternent avec les plaines plus riches; il s'y développe
le blé, la vigne, l'olivier traditionnels, mais surtout les fruits et
légumes de Provence.
Les activités maritimes et la pêche animent en revanche la côte, de Saintes-Maries-de-la-Mer
à La Ciotat. Image idyllique et brillante sous le soleil du midi,
que vient à peine troubler dans la mémoire historique le souvenir du tremblement
de terre qui, le 11 juin 1909, dévasta tout le nord-est du département.
Plus sensibles sommes-nous sans doute aux difficultés des mines
de Gardanne ou aux incendies qui, l'été, ravagent périodiquement
les abords du département.
D'une manière générale pourtant, le touriste retiendra plutôt, au gré
de ses vacances méridionales, la beauté des flamands roses de Camargue,
la lumière des coteaux de Manosque, le chaud
parfum de la garrigue ou l'âpreté des calanques de Cassis
baignées par la mer.
Arts, activités et économie
Bien avant que Rome n'imprime sa marque à la "Provincia", le terroir avait
connu une vie artistique dont on peut trouver les premières traces dès
l'époque préhistorique. Les fouilles archéologiques ont permis
de découvrir, pour les siècles suivants, des villages, des sanctuaires,
des nécropoles pré-romaines qui sont parmi les plus curieux
du Midi, ainsi à Mouriès, à Roquepertuse
(temple), à Entremont (cité près de la Vallée de l'Arc),
à Saint-Blaise (agglomération marchande, remparts). Apports
étrusques et influence grecque s'y mêlent. Les innombrables céramiques
conservées, les vestiges de Marseille (le théâtre, le
port) et les monnaies massaliètes inspirées des modèles
helléniques témoignent de la vitalité économique
de la région durant cette période, et de son originalité.
Les traces laissées par la conquête romaine sont toutefois
plus nombreuses et plus imposantes. Les plus anciens monuments
gallo-romains ne datent guère que de la seconde moitié du 1er
siècle; c'est avec Auguste que l'architecture se développe avec grandeur
: à Glanum (mausolée de Jules, arc de triomphe, thermes),
à Arles (arènes, théâtre, murs), à Saint-Chamas
même (pont Flavien).
Le christianisme, en s'installant en Provence, apporte
un renouvellement des thèmes et des formes annonçant l'art roman.
Le musée d'Arles, le musée Borély à Marseille en gardent
les plus belles pièces : autel de Saint-Victor à Marseille, pierres tombales
comme celle de Geoffroy de Provence enterré à Montmajour en 1062, sarcophages.
C'est entre 1125 et 1225 toutefois que la renaissance romane
trouve son véritable essor avec Arles pour capitale :
Saint-Trophime, Sainte-Croix de Montmajour, la Major à Marseille, Saint-Paul-de-Mausole
et la petite église Saint-Gabriel près de Tarascon, témoignent de la sobriété
de cet art provençal encore marqué par le modèle antique où la décoration
sculptée s'épanouit surtout sur les clochers, sur les portails, aux chapiteaux
des cloîtres.
L'art gothique en revanche a du mal à s'implanter; il faut attendre
la seconde moitié du 13ème siècle pour trouver un édifice entièrement
gothique, l'église Saint-Jean-de-Malte à Aix. Saint-Laurent de Salon,
avec son clocher au beffroi octogonal de la fin du 14ème siècle, retient
toutefois l'attention (Nostradamus y est par ailleurs enterré) ainsi que
le choeur d'Arles avec son déambulatoire gothique, le seul de Provence
(1454-1465).
L'architecture civile et militaire se développe au contraire
avec puissance, surtout dans la région rhodanienne : tours aux Baux, Châteaurenard,
Tarascon, Salon, Barbentane, mais aussi fort Saint-Jean à Marseille ou
fortifications de Saint-Victor. Arles est peu à peu détrônée au
profit d'Aix et surtout d'Avignon (Vaucluse).
La Renaissance permet à la Provence de renouer avec l'antiquité au moment
même de son rattachement à la France. Les oeuvres du sculpteur italien
Francesco Laurana l'illustrent à merveille: ainsi le retable de Saint-Lazare
à la Major de Marseille, le gisant de Tarascon. De même l'architecture
reste marquée par cette influence comme la Maison diamantée et le château
d'If à Marseille et surtout la ville des Baux,
ensemble remarquable de la fin du 16ème siècle (maison des Porcellet,
pavillon de la reine Jeanne). Mais, malgré les efforts du roi René lui-même,
la Renaissance marque peu la Provence.
La poésie retiendra certes le nom de Bellaud de la Bellaudière;
l'humanisme, celui remarquable, de Peiresc, mais il faut
attendre la période classique pour voir se développer véritablement l'art
en Provence : Aix en est un exemple frappant avec Sainte-Madeleine ou
Saint-Jean-Baptiste, mais aussi Marseille avec la Charité de Pierre Puget
et son dôme ovoïde (1679-1707) ou l'église des Chartreux (1680-1702).
Vauban, le chevalier de Clerville, marquent aussi de leur influence l'architecture
militaire (forts Saint-Jean et Saint-Nicolas à Marseille), tandis que
l'architecture civile réalise de beaux exemples avec l'Hôtel-de-Ville
de Marseille ou celui d'Aix, la halle aux grains d'Aix ou l'ancien Palais
de Justice de Marseille, sans parler des hôtels particuliers ou maisons
des champs à Aix qui offrent d'agréables buts de promenades (cours Mirabeau,
Rotonde, pavillon Vendôme). Le nom de Pierre Puget à Marseille (1620-1694),
celui de Jean-Claude Rambot à Aix, illustrent la sculpture provençale au
17ème siècle. Au 18ème, il faut retenir, entre autres,
celui d'Antoine Duparc et celui de Chastel. En peinture, la dynastie des
Parrocel, celle des Vanloo, celle des Vernet, Françoise Duparc elle-même,
font hommage à la Provence classique, tandis que se développe l'art
de la faïence à Marseille (Clérissy, Fauchier, Leroy, Perrin).
La Révolution arrête brusquement cette production qui
repart au 19ème siècle avec cette fois une influence marquée de l'art
romano-byzantin (cathédrale de Marseille, Notre-Dame-de-la-Garde)
un retour au gothique (Les Réformés) ou la création d'un
art composite Napoléon III (Palais Longchamp à Marseille).
L'architecture se fait alors monumentale et utilitaire (jetée de Marseille,
aqueduc de Roquefavour), en attendant usines, autoroutes et docks, sans
pour autant laisser de très grands noms (sauf au 20ème siècle Le Corbusier
à Marseille).
La peinture au contraire compte dans ses rangs Constantin,
Granet, puis à la génération suivante Loubon, Engalière, Guigou, mais
surtout Daumier, Monticelli, Ricard à Marseille et Cézanne à Aix. Tous
célèbrent les paysages méridionaux et la lumière que le hollandais Van
Gogh saura si bien évoquer et qui, de Mistral à Giono, Pagnol ou André
Suarès, en passant par Victor Gelu et même Edmond Rostand, jaillit avec
tant de force dans la littérature provençale.
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